20 avril 2008
16 avril 2008
La maison serait blanche et le jardin sonoreLa maison serait blanche et le jardin sonoreDe bruits d'eaux vives et d'oiseaux, Et le lierre du mur qui regarde l'aurore Broderait d'ombres les rideaux Du lit tiède où, mêlés comme deux tourterelles, Las d'un voluptueux sommeil, Nous souririons, heureux de nous sentir des ailes Aux premiers rayons du soleil. Cette maison n'aurait sous l'auvent qu'un étage Au balcon noyé de jasmins. Les fleurs, le miel, ô mon amie, et le laitage Aromatiseraient tes mains. Un fleuve baignerait nos vergers, et sa rive Cacherait parmi les roseaux Une barque bercée et dont la rame oisive Miroite en divisant les eaux. Nous resterions longtemps assis sur la terrasse, Le soir, lorsqu'entre ciel et champ Le piétinant troupeau pressé des brebis passe Dans la lumière du couchant ; Et nos coeurs répondraient à l'angélus qui sonne Avec la foi des coeurs à qui la vie est bonne. Plus tard, sur le balcon rempli d'ombre, muets, L'oreille ouverte au bruit des trains dans la vallée, Goûtant tout ce qu'un sage amour contient de paix, Nos âmes se fondraient dans la nuit étoilée. Ecoutant nos enfants dormir derrière nous, Pâle dans tes cheveux libres où l'air se joue, Ta main fraîche liée aux miennes : " Qu'il est doux, Qu'il est doux, dirais-tu, les cils contre ma joue, Quand on sait où poser la tête, d'être las ! " Mes lèvres fermeraient ta paupière endormie. Cher asile, jardin, maison rustique... Hélas ! Car nous rêvons quand il faut vivre, ô mon amie ! | ||||
Charles Guerain. |
13 avril 2008
La pauvre fleur disait au papillon célesteLa pauvre fleur disait au papillon céleste :- Ne fuis pas ! Vois comme nos destins sont différents. Je reste, Tu t'en vas ! Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes Et loin d'eux, Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes Fleurs tous deux ! Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne. Sort cruel ! Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine Dans le ciel ! Mais non, tu vas trop loin ! - Parmi des fleurs sans nombre Vous fuyez, Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre A mes pieds. Tu fuis, puis tu reviens ; puis tu t'en vas encore Luire ailleurs. Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore Toute en pleurs ! Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles, Ô mon roi, Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes Comme à toi ! ENVOI A *** Roses et papillons, la tombe nous rassemble Tôt ou tard. Pourquoi l'attendre, dis ? Veux-tu pas vivre ensemble Quelque part ? Quelque part dans les airs, si c'est là que se berce Ton essor ! Aux champs, si c'est aux champs que ton calice verse Son trésor ! Où tu voudras ! qu'importe ! oui, que tu sois haleine Ou couleur, Papillon rayonnant, corolle à demi pleine, Aile ou fleur ! Vivre ensemble, d'abord ! c'est le bien nécessaire Et réel ! Après on peut choisir au hasard, ou la terre Ou le ciel ! | ||||
Victor Hugo. |
07 avril 2008
Comment ça va sur la terre?
- Ça va ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères?
- Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages?
- Ça flotte.
Et les volcans?
- Ça mijote.
Et les fleuves?
- Ça s'écoule.
Et le temps?
- Ça se déroule.
Et votre âme?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade
Conversation de Jean Tardieu
06 avril 2008
Avril
La neige fond partout ; plus de lourde avalanche.
Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ;
La sève perce l'arbre en bourgeons palpitants
Qui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.
Un vent tiède succède aux farouches autans ;
L'hirondelle est absente encor ; mais en revanche
Des milliers d'oiseaux blancs couvrent la plaine blanche,
Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.
Sous l'effluve fécond il faut que tout renaisse...
Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse.
Mais quand la Poésie ajoute : mois des fleurs -
Il faut bien avouer - nous que trempe l'averse,
Qu'entraîne la débâcle, ou qu'un glaçon renverse -
Que les poètes sont d'aimables persifleurs.
Louis-Rene Frechette
05 avril 2008
Volupté des parfums ! — Oui, toute odeur est fée
Volupté des parfums ! — Oui, toute odeur est fée.
Si j'épluche, le soir, une orange échauffée,
Je rêve de théâtre et de profonds décors ;
Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors,
Dans la forêt d'hiver les chasseurs faire halte ;
Si je traverse enfin ce brouillard que l'asphalte
Répand, infect et noir, autour de son chaudron,
Je me crois sur un quai parfumé de goudron,
Regardant s'avancer, blanche, une goélette
Parmi les diamants de la mer violette.
François Coppée
31 mars 2008
Le deuil du moulinLe vieux meunier dort, au fond d'un cercueilDe chêne et de plomb, sous six pieds de terre, Et, dans le val plein d'ombre et de mystère, Le moulin repose en signe de deuil. La nuit a drapé ses murs de longs voiles Crêpes aux plis noirs et silencieux, Et sur le velours funèbre des cieux Roulent des pleurs d'or tombés des étoiles. La voix du vent dit, dans les roseaux roux, Un hymne au bon Dieu pour la paix de l'âme Du défunt, et l'onde égrène sa gamme, Lente comme un glas, sur de gros cailloux. Les saules ont mis leurs branches en berne Au bord du ruisseau, dans l'obscurité, Et le sentier même est comme attristé Par l'air douloureux et lourd qui le cerne. Et le vieux moulin, le pauvre moulin Dont le maître est mort un matin d'automne, Gît parmi les champs, sous la lune atone, Seul et délaissé comme un orphelin. | |||
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29 mars 2008
La beauté
Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
Charles Beaudelaire
24 mars 2008
Fin de dimanche
Lorsque s'épand sur notre seuil la neige fine
Lorsque s'épand sur notre seuil la neige fine
Au grain diamanté,
J'entends tes pas venir rôder et s'arrêter
Dans la chambre voisine.
Tu retires le clair et fragile miroir
Du bord de la fenêtre,
Et ton trousseau de clefs balle au long du tiroir
De l'armoire de hêtre.
J'écoute et te voici qui tisonnes le feu
Et réveilles les braises ;
Et qui ranges autour des murs silencieux
Le silence des chaises.
Tu enlèves de la corbeille aux pieds étroits
La fugace poussière,
Et ta bague se heurte et résonne aux parois
Frémissantes d'un verre.
Et je me sens heureux plus que jamais, ce soir,
De ta présence tendre,
Et de la sentir proche et de ne pas la voir,
Et de toujours l'entendre
Emile Verhaeren
22 mars 2008
L'hirondelle au printemps ...
Victor Hugo
L'hirondelle au printemps cherche les vieilles tours,
Débris où n'est plus l'homme, où la vie est toujours ;
La fauvette en avril cherche, ô ma bien-aimée,
La forêt sombre et fraîche et l'épaisse ramée,
La mousse, et, dans les noeuds des branches, les doux toits
Qu'en se superposant font les feuilles des bois.
Ainsi fait l'oiseau. Nous, nous cherchons, dans la ville,
Le coin désert, l'abri solitaire et tranquille,
Le seuil qui n'a pas d'yeux obliques et méchants,
La rue où les volets sont fermés ; dans les champs,
Nous cherchons le sentier du pâtre et du poëte ;
Dans les bois, la clairière inconnue et muette
Où le silence éteint les bruits lointains et sourds.
L'oiseau cache son nid, nous cachons nos amours.







