les couleurs de la vie

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11 mai 2008

Je te souhaite...
Je te souhaite un jour de velours,
d'iris, de lis et de pervenches,
un jour de feuilles et de branches,
un jour et puis un autre jour,

un jour de blés, un jour de vignes,
un jour de figues, de muscats,
un jour de raisins délicats,
un jour de colombes, de cygnes.

Je te souhaite un jour de diamant,
de saphir et de porcelaine,
un jour de lilas et de laine,
un jour de soie, ô ma maman

et puis un autre jour encore,
léger, léger, un autre jour
jusqu'à la fin de mon amour,
une aurore et puis une aurore,

car mon amour pour toi, ma mère,
ne pourra se finir jamais
comme le frisson des ramées
comme le ciel, comme la mer...

Pierre Gamara

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07 mai 2008

Comme on voit sur la branche au mois de may la rose

Comme on voit sur la branche au mois de may la rose,
En sa belle jeunesse, en sa premiere fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose ;

La grace dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embasmant les jardins et les arbres d'odeur ;
Mais batue ou de pluye, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, fueille à fueille déclose.

Ainsi en ta premiere et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuee, et cendre tu reposes.

Pour obseques reçoy mes larmes et mes pleurs,
Ce vase pleine de laict, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

Pierre de Ronsard

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02 mai 2008

Cantique du mois de mai

Or apaisés sont les vents pluvieux,
Or est passé tout nubileux orage ;
Tous animaux qui êtes sous les Cieux,
Louez en Dieu devant votre courage ;
Chacun oiseau le loue en son ramage,
Et si l'oiseau le témoigne en ses chants,
Cette verdure en porte témoignage,
Qui éblouit nos yeux parmi les champs.
L'herbe aux prés fleuronne
Pour nourrir chevaux,
La vigne boutonne
Par monts et par vaux.
Tous humains travaux
Trouvent allégeance;
O Dieu qui tant vaux,
C'est ta providence.

françois Habert

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27 avril 2008

C'est demain dimanche

C'est demain dimanche
La fête à ma tante
Qui balaye sa chambre
Elle trouve une orange
L'épluche et la mange
N'en donne pas à ses enfants
Ah ! la gourmande !

Anonyme

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25 avril 2008

A l’écoute
Jacques Charpentreau

Ce que veulent dire les mots
On ne le sait pas quand ils viennent ;
Il faut qu’ils se parlent, se trouvent,
Qu’ils se découvrent, qu’ils apprennent.
Ce que veulent dire les mots,
Ils ne le savent pas eux-mêmes,
Mais les voilà qui se regroupent,
Qui s’interpellent, se répondent,
Et si l’on sait tendre l’oreille,
On entend parler le poème.

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20 avril 2008

Les plaisirs du dimanche

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

Jeunes et vieux de leur demeure
S'empressent de déloger,
Et le même instant sonne l'heure
De la messe et du berger.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

Réunis en grande famille,
Ce jour-là, nos bons lurons
Vont chanceler à la Courtille
Et tomber aux Porcherons.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

Javotte, désertant la halle,
Court étaler à Clichy
Son déshabillé de percale
Que la veille elle a blanchi.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

L'ouvrier promène sa femme
Du Bon-Coin au Soleil-d'Or,
Du Soleil-d'Or au mélodrame,
Où le couple heureux s'endort.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

Le laquais, dédaignant sa veste,
Se déguise en habit neuf ;
Et l'homme de bien, plus modeste,
Brosse son habit d'Elbeuf.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

Le marchand, muni d'une assiette
Et d'un petit vin nouveau,
Pour déjeuner à la Muette,
Porte une langue de veau.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

A l'église on voit la grisette
Prier Dieu dévotement,
Pour que le beau temps lui permette
D'aller trouver son amant.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

Le commis au tendron qu'il aime
Dépêche un billet galant ;
Et l'écolier fait de son thème
L'oreille d'un cerf-volant.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

À chaque porte de la ville
Le chagrin est consigné,
Et le débiteur, plus tranquille,
Ne craint pas d'être assigné.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.

Si quelquefois l'ennui conspire
Contre un désordre aussi beau,
Un refrain combat son empire,
Et le vin est son tombeau.

Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval,
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.
Marc Antoine desaugiers


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16 avril 2008

La maison serait blanche et le jardin sonore

La maison serait blanche et le jardin sonore
De bruits d'eaux vives et d'oiseaux,
Et le lierre du mur qui regarde l'aurore
Broderait d'ombres les rideaux

Du lit tiède où, mêlés comme deux tourterelles,
Las d'un voluptueux sommeil,
Nous souririons, heureux de nous sentir des ailes
Aux premiers rayons du soleil.

Cette maison n'aurait sous l'auvent qu'un étage
Au balcon noyé de jasmins.
Les fleurs, le miel, ô mon amie, et le laitage
Aromatiseraient tes mains.

Un fleuve baignerait nos vergers, et sa rive
Cacherait parmi les roseaux
Une barque bercée et dont la rame oisive
Miroite en divisant les eaux.

Nous resterions longtemps assis sur la terrasse,
Le soir, lorsqu'entre ciel et champ
Le piétinant troupeau pressé des brebis passe
Dans la lumière du couchant ;

Et nos coeurs répondraient à l'angélus qui sonne
Avec la foi des coeurs à qui la vie est bonne.

Plus tard, sur le balcon rempli d'ombre, muets,
L'oreille ouverte au bruit des trains dans la vallée,
Goûtant tout ce qu'un sage amour contient de paix,
Nos âmes se fondraient dans la nuit étoilée.

Ecoutant nos enfants dormir derrière nous,
Pâle dans tes cheveux libres où l'air se joue,
Ta main fraîche liée aux miennes : " Qu'il est doux,
Qu'il est doux, dirais-tu, les cils contre ma joue,
Quand on sait où poser la tête, d'être las ! "
Mes lèvres fermeraient ta paupière endormie.

Cher asile, jardin, maison rustique... Hélas !
Car nous rêvons quand il faut vivre, ô mon amie !


Charles Guerain.









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13 avril 2008

La pauvre fleur disait au papillon céleste

La pauvre fleur disait au papillon céleste :
- Ne fuis pas !
Vois comme nos destins sont différents. Je reste,
Tu t'en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes
Et loin d'eux,
Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes
Fleurs tous deux !

Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne.
Sort cruel !
Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine
Dans le ciel !

Mais non, tu vas trop loin ! - Parmi des fleurs sans nombre
Vous fuyez,
Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre
A mes pieds.

Tu fuis, puis tu reviens ; puis tu t'en vas encore
Luire ailleurs.
Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore
Toute en pleurs !

Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles,
Ô mon roi,
Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes
Comme à toi !


ENVOI A ***

Roses et papillons, la tombe nous rassemble
Tôt ou tard.
Pourquoi l'attendre, dis ? Veux-tu pas vivre ensemble
Quelque part ?

Quelque part dans les airs, si c'est là que se berce
Ton essor !
Aux champs, si c'est aux champs que ton calice verse
Son trésor !

Où tu voudras ! qu'importe ! oui, que tu sois haleine
Ou couleur,
Papillon rayonnant, corolle à demi pleine,
Aile ou fleur !

Vivre ensemble, d'abord ! c'est le bien nécessaire
Et réel !
Après on peut choisir au hasard, ou la terre
Ou le ciel !


Victor Hugo.









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07 avril 2008

Comment ça va sur la terre?
- Ça va ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères?
- Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages?
- Ça flotte.
Et les volcans?
- Ça mijote.
Et les fleuves?
- Ça s'écoule.
Et le temps?
- Ça se déroule.
Et votre âme?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade

Conversation de Jean Tardieu

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06 avril 2008

Avril

La neige fond partout ; plus de lourde avalanche.
Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ;
La sève perce l'arbre en bourgeons palpitants
Qui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.

Un vent tiède succède aux farouches autans ;
L'hirondelle est absente encor ; mais en revanche
Des milliers d'oiseaux blancs couvrent la plaine blanche,
Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.

Sous l'effluve fécond il faut que tout renaisse...
Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse.
Mais quand la Poésie ajoute : mois des fleurs -

Il faut bien avouer - nous que trempe l'averse,
Qu'entraîne la débâcle, ou qu'un glaçon renverse -
Que les poètes sont d'aimables persifleurs.

Louis-Rene Frechette

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